
Vous ressentez parfois une tristesse inexpliquée en entrant dans un lieu inconnu ? Vous ne savez pas pourquoi mais un objet ne vous attire pas du tout ou à l’inverse, vous obsède sans raison apparente ? Il peut alors s’agir des énergies et des émotions qui ont été éprouvées par les propriétaires (peut-être même successifs) et qui ont-elles-mêmes chargé les pièces et les objets environnant ces personnes au moment de l’expression de ces émotions.
A travers cet article, je vais tenter de vous expliquer comment les énergies peuvent « habiter » un lieu ou des objets et ainsi modifier l’ambiance et les comportements des personnes et animaux présents autour.
Bonne lecture !
Plan de l’article
La biologique et les vibrations
La contagion émotionnelle et les neurones miroirs
La contagion émotionnelle est le fait d’exercer une influence sur les émotions et les actes d’autres personnes présentent autour de nous, de manière directe ou non, et de façon consciente ou non. Ces émotions sont partagées de manière verbale mais aussi par l’expression physique (gestuelle, regard, froncement de sourcils…).
Dans la vie quotidienne, nous nous adaptons constamment plus ou moins consciemment à « l’ambiance émotionnelle » des lieux que nous fréquentons. Giacomo Rizzolatti et son équipe de neurologues ont découvert les neurones miroirs et un peu plus tard, Marco Iacoboni a démontré que ces zones s’activent non seulement lors de l’observation d’une action, mais surtout lorsqu’on essaie de comprendre l’intention de l’autre ou d’imiter ses émotions.
Comme nous sommes tous différents, il y a des personnes plus ou moins sensibles à cette contagion émotionnelle. Il est donc normal que nous ne ressentions pas les émotions des autres de la même intensité.
Par le biais des neurones miroirs et des mécanismes de contagion émotionnelle, nous décodons sans le savoir la géométrie d’une pièce, l’atténuation de sa lumière, son acoustique ou son odeur. Plus subtil encore, le corps vivant laisse des traces biologiques dans son environnement. Un groupe humain en état de stress intense sature l’air de cortisol et de phéromones de peur. Le visiteur suivant capte ces signaux chimiques résiduels, déclenchant chez lui une alerte physiologique immédiate.
Ainsi, une trace des émotions (ou énergies, j’en parle dans cet article) du groupe peut toujours être perçue par d’autres car celle-ci réside encore dans les lieux. Ces traces peuvent être interprétées de deux manières suivant les personnes et leur caractère : croire que ces énergies proviennent d’eux-mêmes, comme une réelle sensation de peur (pour reprendre l’exemple) ou que ce sont des énergies mystiques qui « vivent » dans ce lieu.
Il est tout à fait possible qu’une personne ressente vraiment de la peur dans une pièce où d’autres l’ont ressenti intensément. Mais il est possible que cette même personne puisse n’attribuer cette peur qu’au lieu ou aux objets présents autour d’elle.
C’est là qu’est la complexité à bien définir si ce sont des énergies présentent à l’extérieur de nous ou des énergies que nous créons parce que le corps les exprime de lui-même, sans réaction miroir.
La psychologie environnementale et l’affordance émotionnelle
Cette réaction interne est expliquée par la psychologie environnementale à travers la notion d’affordance émotionnelle. L’affordance émotionnelle est la capacité d’un objet ou d’un lieu de suggérer ou stimuler des émotions chez une personne.
La façon dont un espace est conçu ou l’usure d’un objet possèdent des formes géométriques qui suscitent des réponses émotionnelles et adaptatives différentes pour chaque personne. Un plafond bas, des angles aigus et l’absence de perspectives déclenchent par exemple plus facilement une peur du confinement et/ou du piège. À l’inverse, des formes organiques, une lumière dynamique imitant les cycles naturels et des matériaux naturels offrent une affordance de calme et de sécurité.
L’usure visible de la matière (la patine d’un sol, le creux d’un vieux fauteuil, un parquet rayé…) raconte une histoire de passage et d’occupation humaine, apaisant le système nerveux qui y décode inconsciemment un espace déjà apprivoisé et sécurisé par d’autres, mais cela dépend évidemment du vécu et des interprétations des personnes et de leur sensibilité aux énergies).
La philosophie de l’esprit : L’émotion comme champ et atmosphère
La phénoménologie des atmosphères (Gernot Böhme)
La philosophie de l’esprit ne s’arrête pas aux réactions biologiques et physiologiques. Gernot Böhme, philosophe Allemand, décrit l’émotion non pas comme un phénomène confiné à l’intérieur de notre corps, mais comme un véritable champ énergétique, qui s’expand hors de nous. L’atmosphère est cette réalité intermédiaire : elle n’appartient ni exclusivement à l’objet physique, ni exclusivement au sujet qui regarde. Elle est un « climat », une « ambiance » co-créé par leur rencontre.
Böhme parle de « l’extase des choses » pour décrire la manière dont les objets rayonnent au-delà de leurs limites matérielles (par leur couleur, leur température, leur présence, leur forme) pour « colorer » l’espace. Percevoir, pour le corps vivant (Leib), revient à se « syntoniser » sur cette fréquence émotionnelle se trouvant hors de soi, dans l’espace dans lequel nous nous trouvons.
L’externalisation des états émotionnels et mentaux
En prenant tout cela en compte, l’environnement physique devient le réceptacle et le miroir de l’esprit humain. L’intensité des émotions vécues (l’effondrement d’un deuil ou une joie intense par exemple) pousse l’humain à modifier consciemment ou non le lieu où il se trouve.
Nous façonnons les lieux à l’image de notre intériorité : une maison habitée par la dépression verra ses rideaux tirés, son ordre se dégrader, ses objets se figer tandis qu’un espace de fête sera comblé par le mouvement, la lumière, l’action et la vie. Cette altération physique laisse, à travers les émotions dégagées, ce qu’on appelle la mémoire des lieux.
Le lieu conserve la trace matérielle des gestes dictés par les émotions passées, agissant comme un bagage psychologique ou des « meubles » que le prochain occupant devra garder s’il ne nettoie pas les lieux de ces énergies.
Les théories de l’information et de la physique
L’entropie et la thermodynamique des corps vivants
Sur le plan de la physique, le corps vivant est un système thermodynamique qui combat le désordre (l’entropie – pour en savoir plus sur l’entropie vous pouvez lire « le chemin le moins fréquenté » de Scott Peck, et particulièrement dans le chapitre « La grâce », la partie « L’entropie et le péché originel ») en dispersant indéfiniment de l’énergie dans son environnement.
Notre activité biologique dégage une énergie mesurable et permanente : un rayonnement thermique (infrarouge à 37°C), des champs électromagnétiques émis par l’activité synaptique et cardiaque, ainsi que des modifications chimiques de l’air ambiant (dû à notre respiration).
Il est maintenant plus simple d’envisager que l’homme laisse indéniablement des traces de son passage dans les environnements qu’il côtoie, aussi petites soient-elles. Ces résidus d’énergie se fondent avec les matériaux, altèrent les surfaces, modifient les structures surfaciques des matériaux.
L’hypothèse de la résonance morphique et des champs d’information
Pour expliquer des transferts de mémoire plus durables et inexplicables par la physique classique, le biologiste Rupert Sheldrake a émis l’hypothèse de la résonance morphique. Selon son hypothèse, les formes, les comportements et les événements passés laissent une empreinte dans des « champs morphiques » (champ d’organisation invisible qui influencerait la forme, le comportement et la mémoire collective des êtres vivants et des systèmes à travers l’espace et le temps, sans l’intermédiaire de signaux physiques ou de la génétique seule).
Il pense que les habitudes, les mémoires, sont exprimées par les gènes mais qu’ils n’en proviennent pas. Un lieu chargé d’énergies (négative ou non) comme un champ de bataille, un hôpital, ou bien une cathédrale, un lieu sacré, conserverait une mémoire informationnelle (pour en savoir plus sur l’information, voici l’article sur l’énergie) avec laquelle notre corps entrerait en résonance vibratoire.
Cette théorie explique donc la « psychométrie » (la capacité de percevoir l’histoire d’un objet en le touchant, ou celle d’un lieu en s’y approchant). Cette théorie n’est pas vraiment acceptée par la science (bien que les esprits s’ouvrent), qui la classe parmi les métaphysiques non vérifiables, faute de preuves reproductibles. Cependant… ayant moi-même la possibilité de ressentir ces informations, il est bien possible, à certains degrés selon les individus et l’intensité des énergies, de percevoir ces informations.
Pourtant, un pont existe entre information et physique : le principe de Landauer. Le principe de Landauer nous dit que toute modification d’un état d’information (donc nos émotions, pensées…) dégage obligatoirement une quantité minimale d’énergie sous forme de chaleur dans l’environnement. Nous pouvons avancer que penser et ressentir, c’est, au sens physique pur, réchauffer et altérer thermodynamiquement le monde physique et matériel qui nous entoure.
L’approche ontologique
Les objets chargés d’énergie (Théorie de l’Acteur-Réseau)
Si on se penche dans le domaine de l’ontologie, la Théorie de l’Acteur-Réseau (ANT pour Actor-Network Theory) de Bruno Latour et Michel Callon nous invite à s’intéresser à tout ce qui entre en jeu dans la société (et également dans nos relations avec les autres et les objets). Un objet n’est pas simplement de la matière ; s’il sert à modifier une situation, il devient un « actant », selon cette théorie.
Certains objets, saturés d’intentions, d’énergies ou d’émotions humaines (un bijou que les femmes de la famille porte depuis 7 générations ou une maison dont les occupants sont décédés tragiquement…), ont le pouvoir de dicter, de contraindre ou d’influencer les émotions de la personne qui reçoit ces énergies.
L’objet n’est pas seulement un intermédiaire passif. Il traduit l’action, impose son vécu et force les personnes proches (ou portant l’objets) à ressentir son histoire. Ceci est valable dans nos vies quotidiennes mais également à l’échelle de la société, même si d’autres choses comme les égrégores entrent en jeu. Mais cela sera l’objet un autre article.
Le concept d’Aura selon Böhme
Toute cette théorie nous pousse à revoir le concept d’aura de Walter Benjamin, elle-même retravaillée par Gernot Böhme. Revisitée par Böhme, l’aura devient ce qui émane d’un objet, fait de toutes les interactions humaines. Chaque objet vibre les émotions qui ont été vécues par les gens les ayant portés ou côtoyé.
La somme des personnes qui les touchent, les regards qui les fixent et les contextes qu’ils traversent les chargent de toutes ces énergies différentes. L’aura, d’après cette théorie, est donc le produit des énergies se dispersent dans l’espace, transformant l’ambiance d’une pièce par la simple présence d’un objet.
Conclusion
Pour conclure, nous pouvons dire que la mémoire énergétique des lieux et des objets n’est ni une pure illusion ésotérique, ni une magie surnaturelle, mais bel et bien le résultat d’une imprégnation d’énergie « dans » ceux-ci.
Elle se déploie à la frontière exacte de la physique et de la psychologie. D’un côté, l’Homme (et les animaux) modifie(nt) physiquement, chimiquement et thermodynamiquement la matière par leurs rayonnements, leurs émotions et leurs actions répétées. De l’autre, notre système nerveux et sensoriel possède une sensibilité naturelle, capable de décoder inconsciemment la géométrie d’un lieu, d’un objet, mais également l’usure et les traces chimiques laissées par l’histoire de ceux-ci.
L’atmosphère d’un lieu est le point rencontre entre une personne et l’histoire de l’endroit où elle se trouve.
Aujourd’hui, il est difficile de passer une journée sans utiliser un smartphone ou un ordinateur (ils sont très pratique, il faut l’avouer !). Cependant, notre temps passé avec ces technologies numériques change petit à petit notre monde vers une dématérialisation toujours plus grande. A fortiori, en réduisant notre contact physique avec la matière, les objets et les lieux, n’y a-t-il pas un risque de réduire la capacité des hommes à ressentir ces mémoires, à se couper – ou du moins altérer la qualité – de nos relations avec les autres, le monde et tout ce qui nous entoure ?
J’espère que cette lecture aura pu vous aider dans votre chemin vers vous-même.
À bientôt,
Melvyn
